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Points clés à retenir
- Entre 10 et 20 g de poudre par litre selon la culture et l’objectif (préventif vs curatif).
- La vigne demande les doses les plus élevées : 20 à 25 g/L en période à risque.
- Préparation maison : 20 g de sulfate de cuivre + 20 g de chaux éteinte pour 1 litre.
- Toujours incorporer la chaux en premier, verser le cuivre ensuite. Jamais l’inverse.
- La solution ne se conserve pas : utiliser dans les 4 heures après préparation.
Ce que contient la bouillie bordelaise
Sulfate de cuivre et chaux éteinte : les deux composants
La bouillie bordelaise, c’est avant tout un mélange de sulfate de cuivre et de chaux éteinte dans de l’eau. Le sulfate de cuivre apporte l’action fongicide, tandis que la chaux neutralise son acidité et améliore l’adhérence sur les feuilles. Sans chaux, le cuivre seul brûlerait les tissus végétaux.
En pratique, ces deux éléments réagissent ensemble pour former un composé stable à la surface des feuilles. Ce film protecteur empêche les spores fongiques de germer. Mais ne guérit pas une attaque déjà bien installée.
Pourquoi la concentration en cuivre change tout
Le chiffre qui compte vraiment, c’est la teneur en cuivre métal, pas la quantité de poudre dissoute. Une solution à 1 % de bouillie bordelaise commerciale contient environ 10 g de cuivre métal par litre. C’est ce repère qui permet de comparer les produits entre eux et de rester dans les limites réglementaires.
Un excès de cuivre dans le sol s’accumule sur des décennies. Les vignes traitées depuis un siècle présentent souvent des sols où la concentration dépasse les seuils tolérables pour les vers de terre.
Poudre du commerce vs préparation maison : deux logiques différentes
Voyons cela ensemble : la poudre commerciale prête à l’emploi contient déjà le sulfate de cuivre et la chaux en proportions équilibrées. On dissout entre 4 et 25 g par litre selon la culture et l’objectif. Simple, rapide, peu de marge d’erreur.
La préparation maison part de deux ingrédients séparés : du sulfate de cuivre cristallisé et de la chaux éteinte vive. Le dosage de référence est 20 g de sulfate de cuivre + 20 g de chaux éteinte pour 1 litre d’eau. Cette voie demande plus de rigueur dans l’ordre d’incorporation, mais permet d’ajuster finement la concentration.
La confusion entre ces deux approches explique la majorité des dosages erronés qu’on trouve en ligne. Un dosage en grammes de poudre commerciale n’est pas transposable à la préparation maison, et vice-versa.
Le dosage de base pour 1 litre d’eau
Règle générale entre 10 et 20 g/L selon l’objectif
Pour de la poudre commerciale, la plage de dosage se situe entre 10 g/L en traitement préventif léger et 20 g/L en traitement curatif. Cette fourchette couvre la grande majorité des situations pour un jardinier amateur.
En dehors de cas spécifiques comme la vigne adulte ou les arbres en dormance hivernale, dépasser 20 g/L ne sert à rien — ça augmente le risque de brûlures et l’accumulation de cuivre dans le sol sans améliorer l’efficacité.
Dosage préventif léger (10 g/L) pour les jeunes plants
À 10 g de poudre par litre, on reste dans une logique de protection préventive. C’est le bon niveau pour traiter des jeunes plants sensibles, des semis ou des cultures délicates avant l’apparition des premiers symptômes.
Pour ma part, je commence toujours à ce dosage en début de saison — fin avril, début mai — quand les conditions sont humides mais que le feuillage est encore sain. Mieux vaut intervenir tôt à faible dose que tard à haute dose.
Dosage curatif (15 à 20 g/L) en début d’attaque
Dès que les premiers symptômes apparaissent. Taches huileuses sur les feuilles de tomates, duvet blanc sous les feuilles de vigne — on monte à 15 à 20 g/L. Ce dosage plus concentré cherche à stopper la progression du champignon.
Concrètement, le traitement curatif reste efficace seulement si l’attaque est débutante. Sur une plante déjà très atteinte, aucun dosage de bouillie bordelaise ne rattrapera la situation.
Dosage précis par culture pour 1 litre
| Culture | Maladie cible | Dosage préventif | Dosage curatif |
|---|---|---|---|
| Tomates | Mildiou | 10–15 g/L | 15–20 g/L |
| Pommes de terre | Mildiou | 15 g/L | 20 g/L |
| Vigne | Mildiou, black-rot | 20 g/L | 20–25 g/L |
| Arbres fruitiers | Tavelure, cloque | 15 g/L | 20 g/L |
| Salades et légumes feuilles | Mildiou | 6–10 g/L | 12,5 g/L |
Tomates et pommes de terre (mildiou) : 15 à 20 g/L
Ces deux cultures subissent les attaques de Phytophthora infestans, le champignon responsable du mildiou. Un traitement à 15 g/L dès la mi-mai, renouvelé tous les 10 à 15 jours, constitue une protection solide en année humide.
Sur les tomates, le délai avant récolte après traitement est de 21 jours. À intégrer dans le calendrier dès le départ pour ne pas traiter trop près de la cueillette.
Vigne (mildiou, black-rot) : 20 à 25 g/L
La vigne est la culture la plus exigeante en concentration. En prévention, 20 g/L convient. En début d’attaque de black-rot ou en période de forte pression mildiou, on peut monter à 25 g/L.
En pratique, les viticulteurs bio raisonnent en kg de cuivre métal par hectare sur la saison, pas en g/L par traitement. Pour un jardinier avec quelques pieds de vigne, l’enjeu est surtout de ne pas dépasser les limites annuelles.
Arbres fruitiers (tavelure, cloque) : 15 à 20 g/L
Sur les pommiers et poiriers, le traitement contre la tavelure commence avant le débourrement. Sur les pêchers et nectariniers, la cloque se traite en fin d’hiver, avant l’ouverture des bourgeons, à 20 g/L.
Pour aller plus loin : un traitement hivernal sur bois nu peut être légèrement plus concentré que les traitements en végétation, puisqu’il n’y a pas de feuillage à brûler.
Salades et légumes feuilles : 6 à 12,5 g/L
Les légumes feuilles sont sensibles aux brûlures. On reste sur 6 à 12,5 g/L selon les produits. Pour la bouillie bordelaise non colorée bio, la recommandation tourne autour de 6,25 g par litre pour 10 m². Mieux vaut rester prudent sur ces cultures délicates.
Préparer 1 litre de bouillie bordelaise maison étape par étape
Ingrédients nécessaires (sulfate de cuivre 20 g + chaux éteinte 20 g)
Pour 1 litre de bouillie bordelaise maison, il faut : 20 g de sulfate de cuivre cristallisé (cristaux bleus), 20 g de chaux éteinte (hydroxyde de calcium), et 1 litre d’eau douce de préférence. Un récipient en plastique ou en bois. Jamais en métal, qui réagirait avec le sulfate de cuivre.
Ordre d’incorporation impératif (chaux d’abord, cuivre ensuite)
L’ordre n’est pas une recommandation, c’est une règle absolue. On commence par diluer les 20 g de chaux éteinte dans 0,5 litre d’eau, en remuant bien. Dans un autre récipient, on dissout les 20 g de sulfate de cuivre dans 0,5 litre d’eau.
Ensuite, on verse lentement la solution de sulfate de cuivre dans la solution de chaux, en remuant en continu. Jamais l’inverse. Si on verse la chaux dans le cuivre, on obtient un précipité grumeleux qui obstrue le pulvérisateur et réduit l’efficacité du traitement.
Vérification du pH avec papier tournesol
Une bouillie bien préparée doit être légèrement basique, entre pH 7 et pH 8. Un papier tournesol enfoncé dans la solution le confirme en quelques secondes. Si le pH est acide (en dessous de 7), la solution risque de brûler les feuilles. On ajoute alors quelques grammes de chaux supplémentaires.
Ce contrôle prend 30 secondes et évite de nombreuses déconvenues, surtout si l’eau du robinet est calcaire.
Les erreurs de dosage les plus courantes
Surdosage : brûlures foliaires et accumulation de cuivre dans le sol
Au-delà de 25 g/L, les risques de phytotoxicité augmentent fortement. Les symptômes sont des taches brunes sur les feuilles, un dessèchement des bords et, dans les cas graves, une défoliation. Sur les jeunes plants, les dégâts peuvent être irréversibles.
Le problème de fond, c’est l’accumulation de cuivre dans les 30 premiers centimètres de sol. Le cuivre ne se dégrade pas — il reste. Des années de surdosages répétés créent une toxicité qui affecte la microfaune, en particulier les vers de terre, et finit par limiter la croissance des cultures.
Sous-dosage : traitement inefficace qui encourage les résistances
En dessous de 4 g/L, l’efficacité fongicide devient négligeable. Traiter à des doses trop faibles ne protège pas les plantes et peut, à terme, favoriser la sélection de souches fongiques moins sensibles au cuivre.
J’ai vu des jardiniers diluer « pour économiser » leur stock de poudre. Résultat : la maladie progresse quand même, ils traitent deux fois plus souvent, et au final ils utilisent plus de cuivre qu’en respectant les doses dès le départ.
Eau calcaire : pourquoi elle fausse les résultats
L’eau du robinet très calcaire (titre hydrotimétrique élevé) modifie l’équilibre chimique de la bouillie. Elle précipite une partie du cuivre avant même que la solution touche la plante, ce qui réduit l’efficacité réelle du traitement.
Pour corriger ça, on peut utiliser de l’eau de pluie récupérée, ou ajouter quelques millilitres de vinaigre blanc pour légèrement acidifier l’eau avant de préparer la solution. La vérification au papier tournesol devient encore plus utile dans ce cas.
Réglementation et limites d’usage en agriculture biologique
Plafond légal de 6 kg de cuivre métal par hectare sur 7 ans (règlement UE)
Le règlement européen (CE) n°2018/1981 fixe le plafond à 6 kg de cuivre métal par hectare sur une période glissante de 7 ans, soit environ 0,857 kg/ha/an en moyenne. C’est le cadre qui s’applique à l’agriculture biologique certifiée comme aux jardins amateurs qui souhaitent rester dans les pratiques bio.
Ce plafond vaut pour le cuivre métal, pas pour la quantité de poudre de bouillie bordelaise. Une poudre commerciale à 20 % de cuivre métal consomme cinq fois moins de « quota cuivre » qu’une poudre à 100 % — d’où l’importance de lire les étiquettes.
Équivalent pratique en g/m² pour un jardinier amateur
Pour un jardin de 100 m², le plafond annuel moyen représente environ 8,57 g de cuivre métal par an. Avec une poudre commerciale dosée à 20 % de cuivre, ça correspond à environ 43 g de poudre pour 100 m².
Concrètement, si on traite 3 fois par saison à 15 g/L sur 100 m² (2 à 3 litres par traitement), on utilise environ 90 à 135 g de poudre, soit 18 à 27 g de cuivre métal. C’est au-dessus de la moyenne annuelle autorisée. Gamm vert recommande de ne pas dépasser 6 g/m² par an en jardinage amateur.
Délai avant récolte selon la culture
Le délai de sécurité avant récolte est de 21 jours pour les tomates. Pour la vigne et les arbres fruitiers, il varie selon le produit commercial utilisé. Toujours vérifier l’étiquette. En règle générale, éviter tout traitement dans les 3 semaines précédant la récolte.
Quand et combien de fois appliquer pour 1 litre préparé
Fréquence recommandée (tous les 10 à 15 jours en période à risque)
En période à risque élevé. Printemps humide, été orageux avec des nuits fraîches — le rythme de traitement est de tous les 10 à 15 jours. Après chaque pluie dépassant 20 mm, il faut renouveler l’application car le film protecteur est lessivé.
Hors période à risque, un traitement toutes les 3 semaines suffit pour maintenir une protection préventive de base.
Conditions météo favorables à l’application
Il faut appliquer par temps sec et sans vent, idéalement le matin ou en fin d’après-midi pour éviter les brûlures liées au soleil sur les feuilles mouillées. Éviter les jours de pluie annoncée dans les 24 heures — le produit n’aurait pas le temps de sécher et fixer.
La température idéale se situe entre 10 et 25 °C. En dessous de 10 °C, la fixation est moins bonne. Au-delà de 25 °C, le risque de phytotoxicité augmente.
Conservation impossible : utiliser immédiatement
La bouillie bordelaise ne se conserve pas. Une fois préparée, elle doit être utilisée dans les 4 heures maximum, idéalement dans l’heure. La réaction chimique entre le sulfate de cuivre et la chaux continue après mélange. Passé ce délai, la solution se dégrade et perd son efficacité.
Ne pas préparer à l’avance « pour gagner du temps ». Préparer exactement la quantité nécessaire pour le traitement du jour. C’est une des règles que je répète le plus souvent, et celle que les débutants enfreignent le plus.
Questions fréquentes
Combien de grammes de bouillie bordelaise pour 1 litre d’eau ?
Pour de la poudre commerciale, entre 10 et 20 g par litre selon la culture et l’objectif. 10 g/L en préventif léger, 15 g/L en usage courant, 20 g/L en curatif ou sur vigne adulte. Pour la préparation maison, 20 g de sulfate de cuivre + 20 g de chaux éteinte pour 1 litre d’eau.
Quelle est la différence entre la bouillie bordelaise en poudre et la préparation maison au sulfate de cuivre ?
La poudre commerciale contient déjà les deux composants mélangés à proportion fixe. La préparation maison demande de mélanger soi-même du sulfate de cuivre et de la chaux éteinte dans un ordre précis. Les dosages en grammes ne sont pas interchangeables entre les deux méthodes.
Peut-on utiliser la bouillie bordelaise sur les tomates à n’importe quel dosage ?
Non. Sur les tomates, le dosage recommandé est de 10 à 20 g/L selon le stade. Au-delà, les feuilles risquent des brûlures. Le délai avant récolte est de 21 jours après le dernier traitement.
Le dosage change-t-il selon que le traitement est préventif ou curatif ?
Oui. En préventif, on reste à 10–15 g/L. En curatif (début d’attaque visible), on monte à 15–20 g/L. La bouillie bordelaise ne guérit pas une plante fortement atteinte. Elle ralentit la progression.
Combien de fois par an peut-on appliquer la bouillie bordelaise sur la vigne ?
Il n’y a pas de limite en nombre de traitements fixée par la réglementation, mais le plafond de 6 kg de cuivre métal/ha sur 7 ans impose une discipline. En pratique, 5 à 8 traitements par saison est la norme en viticulture biologique.
La bouillie bordelaise préparée peut-elle se conserver pour une prochaine utilisation ?
Non. Elle doit être utilisée dans les 4 heures suivant la préparation. Passé ce délai, la solution se dégrade chimiquement et perd son efficacité. Préparer uniquement la quantité nécessaire pour le traitement immédiat.
Quels sont les risques d’un dosage trop élevé pour les plantes et le sol ?
Pour les plantes : brûlures foliaires, dessèchement des bords, défoliation sur jeunes pousses. Pour le sol : accumulation irréversible de cuivre qui détruit la microfaune, en particulier les vers de terre, et finit par limiter la fertilité sur le long terme.
La bouillie bordelaise est-elle autorisée en agriculture biologique ?
Oui, mais avec un plafond strict : 6 kg de cuivre métal par hectare sur 7 ans selon le règlement européen. En jardinage amateur, Gamm vert traduit cela par un maximum de 6 g/m² par an. C’est autorisé, mais pas illimité — le dosage bouillie bordelaise pour 1 litre doit rester dans des proportions raisonnées.



